Aujourd’hui, on aborde un sujet trop peu abordé à mon goût : la demande claire, ou comment transformer ton ressenti brut en demande claire.
Parce qu’avouons-le : une demande claire, c’est toujours préférable à une devinette, non ?
Surtout quand il s’agit de nos besoins, nos envies, nos limites …
Apprendre à se rencontrer
Il y a une étape qu’on néglige souvent dans nos relations, qu’elles soient amoureuses, amicales ou professionnelles, c’est celle du passage du ressenti à la clarté.
Cette fine ligne entre « je ressens quelque chose » et « je sais ce que je veux en faire ».
Entre « ça me dérange » et « je peux le formuler ».
On parle souvent d’éducation émotionnelle pour les enfants.
Mais la vérité, c’est que cette éducation commence par nous.
Parce que nos enfants, nos proches, nos collaborateurs, ne se comportent pas avec nous de la façon dont on l’espère : ils font ce qu’on fait.
Nous apprenons tous au contact des façons d’être, d’incarner, et pas seulement au contact des valeurs affichées.
Apprendre à nommer ce qui bouge
Passer du ressenti brut à la demande claire, c’est d’abord apprendre à reconnaître ce qui vit en soi sans s’y noyer.
Le ressenti brut, c’est ce moment où ça brûle, où ça pique, où ça serre, avant même qu’on ait les mots.
C’est un cri intérieur, une vague vive et souvent déroutante.
Mais si on en reste là, sans traduction, le ressenti devient vite un reproche, une attitude défensive ou un silence rancunier.
Et la relation s’enferme dans une zone floue : « Je ne sais pas ce que tu veux ».
Et souvent, on ne sait pas non plus soi-même ce qu’on veut.
Ce qui me fascine chez nous les femmes, moi la première, c’est que l’on ne comprenne pas … que l’on ne nous comprenne pas 😅
Mais, honnêtement : c’est quand la dernière fois que tu as identifié un ressenti et exprimé clairement ton besoin derrière ?
Une histoire d’apprentissage (et de transmission)
Pour illustrer, prenons un exemple simple :
- Quand un enfant de 3 ans te dit « j’ai faim », tu combles naturellement son besoin : tu lui donnes à manger.
- À 5 ans, il te dit « j’ai faim », tu le nourris encore, mais … tu ressens peut-être un léger inconfort.
- Et à 7 ans, quand il te dit « j’ai faim », sans plus de forme, tu le trouves impertinent, autoritaire, « enfant-roi » …
Pourquoi ?
Parce que cet enfant n’a pas encore acquis les codes de la demande.
Et s’il ne les a pas acquis, c’est entièrement de notre responsabilité :
nous avons répondu au ressenti brut sans lui apprendre à formuler le besoin.
Ce qui était acceptable à 3 ans, tolérable à 5, devient inadmissible à 7.
Et ce schéma, beaucoup d’entre nous l’ont connu :
- Enfant, nos parents répondaient souvent à nos besoins : manger, dormir, se couvrir, … sans toujours nous aider à en formuler la demande.
- Parfois, lorsqu’on exprimait une envie, on nous disait tu exagères, tu n’en as pas besoin, tu as déjà suffisamment, tu n’es jamais contente, ou « on nous la faisait payer » plus tard avec des avec tout ce que je fais pour toi …
Résultat :
Nous avons appris à taire nos envies tout en attendant que l’autre devine nos besoins.
C’est là que se crée le fossé émotionnel que nous portons encore, adultes.
Et ce processus, répété de génération en génération, crée des personnes frustrées, pleines de besoins non exprimés … et d’attentes que personne ne peut deviner (ni satisfaire) !
Et si ensemble on remettait « l’église au milieu du village ? »
Besoin vs envie
Un enfant a besoin qu’on réponde vite à ses besoins :
- • sécurité,
- • faim réelle,
- • douleur,
- • câlin,
- • sommeil, …
Surtout petit.
Mais à partir d’environ 2 ans, il entre dans le monde des envies, et « j’ai faim » fait parfois référence à l’envie de grignoter, l’envie d’attention, de pouvoir, d’imposer son timing, … Et c’est normal !!! Il est en train de tester ce que l’on appelle le « pouvoir social ».
Et souvent, en tant que parents, nous allons valoriser le besoin, tout en dénigrant l’envie.
Mais en réalité, un enfant qui désire n’est pas un enfant-roi … Un enfant-roi est un enfant :
- • dont les envies sont satisfaites comme si c’étaient toujours des besoins vitaux
- • qui ne rencontre jamais (ou presque) de délai, de non, ou de frustration.
Ce que tu fais (et ce que ça lui apprend) quand tu réponds au ressenti brut, autrement dit, quand il dit « j’ai faim » et que tu anticipes/accours immédiatement, il apprend sans mots :
- « Dès que je ressens un inconfort, ça doit disparaître tout de suite »
- « Maman est disponible sur le champ dès que je parle »
- « Je verbalise = j’ordonne. »
C’est cohérent avec ta volonté de le sécuriser, mais son cerveau, à partir de 4/5 ans enregistre surtout la règle implicite : « ma frustration n’existe pas, le monde doit s’ajuster immédiatement à moi ».
C’est précisément cela qui crée des enfants dits rois !
En voulant bien faire, on a souvent évité la frustration sans lui offrir la clé de la demande claire : la formulation de son besoin suite à ce qu’il ressent.
La vérité, c’est que des enfants dits « difficiles » ne sont pas des enfants « rois ».
Les enfants « difficiles » sont des enfants qui vivent leurs émotions dans leur corps comme une tempête !
Un peu comme la frustration après avoir reçu un « non » ou un « pas maintenant » …
Ça tremble, ça serre, ça brûle, ça explose … Et c’est angoissant !!!
Donc, l’enfant roi n’est pas celui qui « pique une crise » parce que tu lui as dit non …
Mais celui à qui tu n’apprends pas à formuler clairement une demande et en anticipant toujours ses besoins …
Pssssssst : Chez l’adulte, le besoin, ça peut être le câlin, la sécurité, la reconnaissance, la présence.
L’envie, ce serait davantage une sortie, du shopping, un compliment, …
Là encore, reconnaître l’un et l’autre, c’est déjà poser une demande claire.
Et pour que ce soit bien clair, si quelque chose est important pour toi, que ça fait vibrer ton cœur, que ce soit un besoin ou une envie, c’est important. Point.
Le courage de préciser
Formuler une demande claire, ce n’est pas exiger.
C’est oser mettre des mots vrais là où notre ego voudrait qu’on cache la vulnérabilité. C’est dire :
- “J’aimerais que tu m’aides”,
- “J’ai besoin d’un peu de temps”,
- “Je me sens touchée quand tu fais ça.”
- « J’ai envie que ça se passe comme ça. »
Il s’agit d’une pratique d’honnêteté, pas de contrôle.
Et paradoxalement, c’est ce qui rend les relations plus libres.
Parce qu’en clarifiant nos besoins ET nos envies, on sort du flou émotionnel : celui où on attend que l’autre
- • devine tout,
- • comprenne tout,
- • répare tout.
SANS MÊME FORMULER QUOI QUE CE SOIT.
Et si on apprenait à écouter (et à s’écouter) plus lentement ?
À se demander : qu’est-ce que je ressens vraiment ?
Et surtout : de quoi ai-je besoin ? De quoi ai-je envie ?
Nous, adultes, femmes, on culpabilise souvent nos envies, comme si elles étaient moins légitimes que nos besoins. Alors qu’une envie, c’est déjà un signal de soi qui s’exprime.
Avoir envie c’est ÊTRE en VIE ❣
Modéliser l’exemple, pas la perfection
Nos gestes d’adulte, nos façons d’exprimer, d’écouter, d’accueillir nos émotions … tout cela enseigne plus que n’importe quel discours.
Quand on montre qu’il est possible de :
- • traverser une émotion sans s’y perdre,
- • la nommer sans accuser,
- • demander sans honte,
on sème une graine de sécurité relationnelle, pour soi et pour les autres.
C’est ça, l’éducation émotionnelle : une cohérence incarnée, pas une technique.
Apprendre à passer du ressenti brut à la demande claire, c’est un acte d’amour.
Pour soi d’abord, et puis pour l’autre.
Pour que la relation s’appuie sur la clarté plutôt que sur les suppositions.
On ne t’aime pas davantage si on devine ton besoin ou ton envie …
Et on ne t’aime pas moins parce que tu as formulé ton besoin ou ton envie.
Au contraire !
Quelle plus belle preuve d’amour que celle de s’écouter … et de se sentir entendue ?
Ah, et je te propose une petite exploration : cette semaine, identifie au moins un moment où tu peux transformer ton ressenti brut en une phrase simple à quelqu’un de ta vie (ça change tout) 🩷
On en parle dans le Club égotruiste, un espace offert d’une femme pour les femmes, … Tu viens ?
