Aujourd’hui j’aimerais parler de sujets qui dérangent …
- L’humiliation des enfants banalisée,
- L’ébriété banalisée,
- Et finalement, ce que notre société a insidieusement de pervers dans ses comportements.
Quel prix pour nos enfants ?
L’autre fois je suis tombée sur un Reel qui montrait un enfant en train d’aspirer « en échange » de week-ends sans école.
Ce Reel a fait 28k likes.
Est-ce que c’est drôle ?
Peut-être … sûrement.
Pourtant, je me suis sentie mal à l’aise.
Pas grand chose, juste un petit frisson, un petit « je ne sais quoi ».
Et puis j’ai compris … Si je regarde en tant qu’adulte, ça passe.
Mais si je me place en tant qu’enfant de ce Reel ?
Cet enfant exposé, moqué « gentiment » pour le rire collectif, qu’en pensera-t-il de ces images une fois en âge de comprendre ?
De plus, vraiment ?
Se moquer GENTIMENT ?
Est-ce que tu as déjà pris 100% bien une moquerie « gentille » ?
« Ce sont nos enfants, notre société. »
Et c’est exactement là que la réflexion devient importante.
Parce que la manière dont une société regarde et traite ses enfants dit énormément de la société elle-même.
Exposition sans consentement
L’enfant n’a choisi ni la scène, ni le récit, ni les milliers de rires.
De nos jours, il existe ce que l’on appelle un sharenting massif, autrement dit des partages sur les réseaux de centaines de photos : 1300 avant 13 ans !
Et avec cette masse, je pense que des questions s’imposent … :
- • Comment peut-on être certaines qu’aucune de ces photos ne lui portera préjudice ?
- • Comment être certaines que c’est ce qu’il voudrait ?
Rappelle-toi ce que tu ressentais quand tes parents sortaient les « dossiers » de famille devant un nouveau venu.
Comment tu te sentais ?
En joie ou humiliée ?
Est-ce qu’aujourd’hui tu t’en es remise ?
Évidemment ! Mais là n’est pas la question …
Ce qui avait cours avant dans un cercle fermé, intime, a désormais lieu devant des milliers de personnes !
Et ce qui me semblait déjà franchement douteux quand j’étais enfant (me sentir humiliée dans un cadre « sécurisé ») me semble davantage problématique aujourd’hui …
Et si ce que tu postes aujourd’hui créait la honte future, le harcèlement, et pire, une brèche de confiance parentale … ?
Il ne faut pas toujours imaginer le pire, je suis la première à le penser.
Mais pourquoi exposer nos enfants ?
Et au-delà de l’exposition, qu’est-ce que ça dit de notre société des adultes qui se moquent ouvertement des enfants … « gentiment » ?
Avec l’âge on relativise, on accorde plus d’importance au souvenir qu’à la honte … (« normalisation » peut-être pas si normale d’ailleurs …)
Adulte, cet enfant pourrait probablement voir ça uniquement comme de la maladresse, voire même trouver ça amusant … mais à l’adolescence ?
Dans une des périodes les plus difficiles de la vie, il tombe sur un instant de vulnérabilité publique, détournée par ses pairs ou pires !
Pssssssst : Que tu postes ou que tu regardes, c’est pareil … parce que l’algorithme aime ça.
Ou plutôt, il voit que tu aimes ça …
Alors il pousse encore davantage : plus d’humiliation !
Ça accroche l’œil, ça fait même rire … mais quid de ce que pourrait ressentir le sujet de ce Reel qui n’a rien demandé ?
Normalisations culturelles toxiques
Après avoir vu le premier Reel, et m’y être attardée pour comprendre pourquoi je me sentais si mal à l’aise (je me questionnais sur ce que ce genre d’humour racontait de notre société), l’algorithme s’est dit que j’aimais ce genre-là …
Alors il m’en a tout de suite proposé un deuxième : même dynamique, un enfant, une tagline « drôle » et 148K de like …
Le Reel ?
Un enfant qui rit, en tombe à la renverse, avec le texte :
« Moi : Ce cocktail a juste le goût de jus, je ne sens pas l’alcool. Moi, 20 min plus tard »
Le premier Reel pouvait encore être perçu comme :
- • mignon
- • drôle
- • ambigu
Mais ce second enlève complètement l’ambiguïté.
Et encore une fois, qu’est-ce que ça dit de nous ?
On rit de la perte de contrôle, on banalise la consommation d’alcool, on la rend même mignonne via cet enfant innocent.
Le rapprochement fait par l’algorithme devient presque révélateur :
Si ces contenus sont classés dans la même catégorie …
c’est peut-être parce qu’ils reposent sur la même mécanique.
Et cette mécanique est simple : l’enfant comme objet de divertissement.
Pas l’enfant comme sujet.
Pas l’enfant comme personne.
Un enfant mis en scène pour provoquer une réaction : rire, attendrissement, malaise.
Beaucoup d’enfants deviennent malgré eux des personnages publics avant même d’avoir une identité privée construite.
Leur image circule, leur gêne circule, leurs maladresses circulent. Et eux n’ont jamais signé le contrat.
Dans la majorité des commentaires sous ces vidéos, les gens écrivent :
- 😂😂😂
- « trop drôle »
- « les enfants sont incroyables »
Très peu de personnes se posent la question du consentement, et de ce que ça pourrait engendrer …
Là où beaucoup de gens voient une vidéo drôle, je vois :
- • un enfant exposé
- • un adulte valorisant l’ivresse
- • une scène de sphère familiale transformée en divertissement public
Et je pense que ça montre à quel point notre seuil de normalité a bougé.
Et, à mon avis, pas forcément dans le bon sens.
Choisir la résilience
Alors attention, te méprends pas ! Je consomme du contenu drôle !
Mais pas du contenu qui me semble symptomatique d’un réel problème de société comme la considération des enfants comme « simple » objet comique.
Par contre, je suis fan absolue d’autres Reels qui montrent des adultes qui chutent, rient ensemble sans exposer quiconque avec un message comme :
Le plus important n’est pas la chute …
c’est d’en rire avec sa meilleure amie.
Ce qui change tout ici, c’est où se situe la dignité.
Dans les vidéos précédentes :
- • quelqu’un est exposé sans pouvoir choisir
- • le rire vient aux dépens de quelqu’un
Ici :
- • les personnes se mettent elles-mêmes en scène
- • le rire est partagé, pas dirigé contre quelqu’un.
C’est une différence énorme.
Et c’est cette différence qui, il me semble « fait défaut ».
Ce que ça normalise
Tout est toujours à propos de ce que l’on choisit de normaliser !
Les premiers Reels, que je sois alarmiste ou pas, véhiculent la micro humiliation, la banalisation de la consommation d’alcool et de l’état d’ébriété, …
La seconde sorte de Reels véhiculent la résilience légère.
- • La vie fait tomber.
- • Le corps trébuche.
- • Le ridicule arrive.
- • Les plans parfaits se ratent.
Et au lieu de transformer ça en humiliation, on transforme ça en :
- 🤣 complicité
- 🤝 humanité
- 🌱 souplesse face à l’imprévu
C’est presque une petite philosophie de vie :
Tomber n’est pas grave,
rester coincé dans la honte l’est davantage
La vraie question pour moi elle est là : Qu’est-ce qu’on veut léguer à nos enfants ?
Qu’est-ce qu’on lègue vraiment ?
Parce qu’une culture, une société, se construit avec ce que l’on répète.
Si on répète :
- • moquerie
- • humiliation
- • cynisme
- • perte de dignité
… cela devient normal.
Si on répète :
- • gentillesse
- • intelligence émotionnelle
- • intelligence relationnelle
- • capacité de réflexion
- • créativité
- • résilience
… cela devient aussi normal.
Une société se fabrique exactement comme ça, petit geste par petit geste.
Une société ne se construit pas seulement avec ce qu’elle enseigne … mais également avec ce qu’elle applaudit.
Que choisissons-nous d’applaudir, d’amplifier ?
Tout commence par et avec nous.
Pas avec le poing levé, mais en choisissant chaque jour, à notre échelle ce que l’on choisit de valoriser, questionner, aimer.
Dans le Club égotruiste, on se questionne sur ces miroirs sociétaux 😎
Tu viens ?
